Archipels

A Mark Ward

 

                                             I

Le chemin de traverse au sabbat des oiseaux
Mène. Et la nuit, l’invulnérable nuit, pose au
Bord des champs d’écume le mystère véridique.
Piégé aux archipels en dérive, il musique
Une faim d’éternel impossible à nourrir.
Parmi les gestes d’eau, naître, vivre et mourir
S’entrelacent ici et sur la page vierge
De cette nuit éparse, un seul rameur émerge
Couronné de varech, qui s’aveugle aux lueurs.
A l’orage du monde son silence affleure
De la liturgie chuchotée de la mer.
Une tresse d’aube a noué céruléenne
Les forêts en rumeurs à la vague sereine
Et des palmes déjà dansent dans la lumière.

 

                                             II

Lointaine, ô nébuleuse exilée en son nom,
D’une mouvante capitale nous tenons,
Pour avoir refusé de vivre dans les fables,
Le rite et les secrets de la mer et des sables.
Moi, perdu à la cause amère de l’enfance,
Je retourne aux vergers engivrés de l’absence
L’hommage transylvan des arpèges rendu,
Longtemps mûri aux feux d’un été suspendu.
Le voyage attentif du plus jeune soleil
Aux nervures du ciel des hauteurs du sommeil
Me porte. Me voici aux racines mêlé
Où l’instant de profil cache l’instant scellé :
Une larme scintille aux cils du vent qui passe
Et le golfe s’ajoure aux réseaux de l’espace.

 

                                             III

Brièvement jaillie aux transparences d’une
Mémoire scintillante en diamants de lune
La dernière forêt brûle encor souterraine
Et les signes de braise aveuglent les moraines
Où le vent engivré mord au cœur des oiseaux.
Je marche familier sur le sommeil des eaux.
Je consens, m’étonnant à peine, solidaire
Au voyage à rebours sur ce débarcadère
De rêves et d’élans nommés ou accomplis
Et le temps se renoue aux gestes désappris :
Je comprends soudain quel ordre indéfinissable
Fit le jeune océan apprivoiser les sables
Et quel remord parfois monte du cœur des îles
Quand l’oiseau migrateur s’en retourne à l’exil.

 

                                             IV

Si d’ombreuse algue essaiment en oiseau de soleil
Des bulles de jour tendre aux lacis du sommeil,
Quel silence précieux se rassemble en sa traîne
S’allumant brève au feu des forêts souterraines ?
Le fleuve ressurgit et s’invente à l’azur
Consumé de cristaux où l’espace mesure
L’envergure du geste éclatant ses frontières.
Et scintille soudain la vérité première.
Nos yeux vont se brûler à l’or vif du reflet
D’un songe qui aborde à sa propre clarté :
Le jour n’est plus le jour et les salves du temps
Inefficaces vont s’amortir aux étangs.
Nous sommes les derniers survivants d’un vieux rêve
Dont seuls nos pas se sont souvenus sur les grèves.

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