« Comment dire » (introduction de Jean Fanchette)

à Martine

 

« J’ai toujours écrit des poèmes. La poésie a été le témoignage de ma plus constante fidélité à l’indicible, lutte inconsciente et féroce et destination en même temps, plutôt que destinée.

L’analyse personnelle et la praxis psychanalytique m’ont appris longtemps après la maladroite rédaction du premier poème ce qui avait bougé, ce qui était agi derrière l’écriture. D’ailleurs la plupart des poèmes de « L’Oiseau pluvier », dédiés comme il se doit à René Major, furent composés dans cet état de rêverie-dépossession ou de voyance, si on veut, qui peut succéder à une séance de psychanalyse.

J’ai choisi de réunir ici certains des poèmes que j’ai écrits et publiés ou non, mais qui m’ont appris à me lire.
L’arrière pays de ces poèmes est naturellement l’île d’enfance : Maurice ; ses salves qui ne cessent de se réverbérer dans les échos de l’exil, ses sourds embrasements dans la mémoire.

Ma dette envers quelques-uns est évidente.  A Robert Ganzo, à Yves Bonnefoy qui fut un ami proche et attentif, au cours de ses années… cachées. A Lawrence Durrell qui m’apprit la liberté. Je devrais ajouter ici le nom de Jean Paulhan qui donna au très jeune homme que j’étais des preuves de sa confiance et celui de René Char, l’ami jamais rencontré qui en quelques brèves et belles lettres, quatre ans avant sa mort, me fit comprendre (rêver, peut être ?) que j’étais moi aussi porteur du signe. »

 

Jean Fanchette
28 février 1992

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