Refus de l’instinct de mort

A Elisabeth Janvier

 

Bouche où le sourire s’entr’ouvre au sang plus rouge des blessures
Et mains de gypse sans reflets je flaire déjà votre mort
Qui bouge au plus dedans de moi dans la fumée des hautes herbes

Et puisque je noue à la mort vous fragile et irremplaçable
Présence assise à la margelle de mon âge je sais le port
Des sourds sanglots de l’aube, je suis avec vous au large du jour
Vivant éternel dans la plus limpide clarté de mon corps.

Mais voici que le temps nous jette aux yeux ses sables et ses poignées d’ombre
Pour que la nuit nous soit vassale, humble très humble desservante
Pour que l’hiver ne soit remords, habité d’arbres pénitents.

 

En novembre, les mustangs envahissent la Ville
Et leurs sabots étincelaient les feuilles incendiaires.

C’était dans une vie ancienne
Et la mort rôdait transparente en novembre
Pour arracher l’amer amour à son amande.

 

Il s’allonge sur la terre noire
Et ce n’est pas mourir

Il reprend le dialogue avec la terre noire
Et la nuit des racines habituelles

Voici que des fleuves débouchent dans son sang
L’estuaire de nouveau promis.

 

C’est la mesure du temps gris,
Ce vent levé là-bas bien loin
Comme ici au lieu sans mémoire
Un geste : la certitude grave de jouer
En une fois toute la vie,
Ici au lieu sans visage
Où la peur sourdement s’éteint
Parmi les chemins qui montaient de la mer.

Ma plus grande fidélité, je la refuse au jour.
J’assume la liberté du sable sur la mer.
Je veille. Il n’est pas d’autre voix pour me vaincre.

 

Il est là dans la chambre obscure
La lumière montant de ses doigts.
Il ne sait pas ce qu’est dormir
C’est lui qui porte le sommeil.
Le gris des ans a vidé son regard,
Les vagues de rumeurs se brisent à son rivage.
Il ne sait plus ce qu’est mourir
Ouvert au vent qui vient d’ailleurs,
Qui sent la terre et les eaux calmes.

Demain dans son visage habite le vertige.

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