Saisons

à Zvi Milshtein

 

Quelle Afrique en clameurs au ventre me tourmente
Quand vert-tendre l’avril essaime ses rumeurs,
Et quel orage roux dans les forêts en larmes ?
Ici, l’œil attentif reçoit le ciel en friche :
Je ne sais plus nommer l’envergure du geste
L’esquive et le sursaut de l’arbre primitif.

Dans l’amande déjà les racines se tendent,
C’est la terre au plus loin en voie de survivance
Mais le soleil se piège à ses propres mensonges…

Trop d’oiseaux dans le ciel venus de l’Evangile,
Trop de bras aux vergers refusent la révolte.
Chez moi la terre bouge à mi-chemin du ciel
Et le vent s’écartèle à l’aisselle des arbres.

Je hais votre printemps aux dentelles fragiles.
Venu le temps viril en marche sous l’écorce
Je reviendrai pour meurtrir vos vendanges,
Quand l’herbe poussera plus verte sur les tombes,
Quand au jour décharné de votre paysage
L’été sera, rauque comme un point de colère.

(1957)

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