Stations

A la mémoire de Guy Bréda

I

Deux pales claires déplacent à peine le sommeil
Sur le versant où je m’arrête.
Lentement,
Le paysage qui s’est défait
Se recompose
Vestiges purs, le matin inchangeable
Sur le désordre taciturne des saxifrages

II

Des éclaircies au loin parmi les arbres
Et le matin frappé des géométries du gel.
Ici sur ce chemin où toute voix se brise
Quel feu dans l’étonnement premier du réveil !
Qui savait que ce feu brûlerait
Jusqu’au dur minéral de vouloir ?
Nous faisons des signaux, nous crions.
Il n’est personne pour nous voir,

Personne ne nous entend.

III

Vertige et volonté du matin perfectible
Résument le combat que nous avons mené
La fumée se défait sur la terre d’orage,
Il n’est plus de raison pour trahir le silence.
Il a fallu tant et tant, en ce pays glaciaire
Où l’âme en feu même se prend de gel,
Où l’ombre raye plus vite la lumière
A l’envers du regard. Il a fallu tant de saisons
Pour que nous soyons sûrs de nos territoires,
Ce peu de terre, champ de seigle et de luzerne
Pour l’été dégrangé.
Durer. Toutes rames tournées vers l’extérieur,
Au cœur la plus grande distance.

Et casse le vol lourd de l’oiseau migrant vers la mort.

IV

Ne te laisse pas prendre à la douceur des haltes
Au soir dans les ports
Quand au loin passe le navire
Hauturier de la mort.
L’hiver. Un cerf mort les yeux grands ouverts
Au bord d’un étang glacé,
C’est là ton paysage
Et ses étincelles froides dans les arbres de fer.

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