Poème en novembre

A Martine

I

Ce sera dans le temps d’ici ou de là-bas,
Le vent déshabité des copeaux de silence.
Un oiseau ramera dans l’espace vengeur
Lourd dans le soleil
Le temps de l’ombre oblique sous le cadran solaire.
Epuisé le sablier dans l’obscur du rêve,
Déroulé l’écheveau de lumière pour relier le temps
d’ici et de là-bas.
Quand la rose de feu et le cristal du gel
Seront une même empreinte
Une trace sur le roc du monde disparu
Un lichen tatoué sur le vide du temps
La fumée d’Octobre sur la chapelle romane s’enroulant dans la douceur des arbres
Et la friche qui court dans la perspective de l’adret
Ramène la montagne-aux-crémats, les bûchers de piété
Là-bas en l’île australe, l’alignement griffu des aloès :
Ici douceur d’automne, là-bas douceur violente
Sous l’auvent de granit martelé de soleil.

 

II

Il m’a fallu tout ce temps pour savoir qu’il n’y a pas d’exil
Que l’exil est la dislocation entre le temps qui n’est plus temps
et le lieu qui n’est plus lieu.
Je suis debout dans la trouble lumière
Arrimé à de petites choses, une odeur, une couleur…
L’odeur du vent de mer traverse l’espace salé de la lagune qui habite en moi,
qui bat dans mon sang vagabond d’hémisphères.
Mille couleurs distinctes, le bleu tendre d’ici,
Le martèlement de lumière de là-bas,
Me viennent en même temps.
Je vis sur la palette d’un Dieu fou qui se voudrait artiste.
D’être d’ici et de là-bas m’a appris ma propre opacité
et ma propre transparence.
C’est moi qui nomme et traverse cet espace,
C’est moi qui jette ce pont sur le temps qui est mien.
Je suis ici dans ma verticalité vigilante,
Un,
Compact, fragile et infrangible

 

III

En moi venu du peuple sans nom des clivages,
Coexistent ces deux mouvements
Que résument la colère acérée des l’aloès et la feuille
qui plane dans la lumière rousse.
Un paysage à perte de mémoire tourne dans la roue des saisons.
Des cristaux morcelés y servent de repères.
Je ne suis pas d’ici. Je ne suis plus d’ailleurs.
Je me coule dans la verticalité de mon corps.
Je me love dans l’horizontalité de mes ans.
Au-dessus de moi vole immobile l’oiseau Absence.
Je ne marche plus dans l’évidement, le vacant
Où l’écho de mes pas résonne comme une valve.

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