L’âge d’homme

A la mémoire de ma mère

 

Aveugle est le silence au feu des solitudes
et muette la nuit au guetteur des naufrages
L’enfance est loin, impossible à refaire
et Dieu s’est retiré dans les hauteurs du ciel
Le temps s’estompe dans la mémoire grave des hommes…
Jamais plus la forêt des oiseaux ne picorera la chair drue
de l’aurore
Jamais plus les Rois mages vieillissants ne me porteront
leurs nostalgiques offrandes à l’auberge des étoiles,
Jamais plus…
Seuls les violons de l’Exil
et la voix lointaine de ma mère derrière les collines de
l’absence.

Pour refaire la lumière aux sources de minuit
Il ne me suffit plus de toucher de mes lèvres la blessure
du soleil
dans la chair étonnée de mon amour.

Dans mon cœur sans rumeur
les automnes sommeillent
et seul je m’en vais vers les mêmes départs
traînant dans la poussière des jeunes rêves
mes pas sans âge, sans pays, sans raison.
Ainsi jusqu’au silence,
jusqu’au bout de la nuit
des soleils plein la mémoire…

(Ile Maurice, août 1954)

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