L’aventure de la mémoire

A Edouard Besson

 

Je n’ai jamais voulu te rechercher ailleurs
Qu’aux créneaux de la nuit, Angoisse, ô ma mémoire
Je vivais avec toi l’enfance des fontaines
Pour toi j’ai dénoué l’aube du premier jour

J’ai caressé la terre avec des mains de cendre
Quand l’âme des forêts n’était pas encore née
J’ai vécu le destin exaltant de la pierre
Et cerné d’un regard le printemps des fossiles

Ainsi j’invente enfin cette Femme ancestrale
Qui palpite innombrable au creux des millénaires
Puisque j’ai retrouvé l’espoir des résurgences
En des siècles portant la raison d’un seul jour
Pour peu que quelque saule
Allume ma mémoire
Mes pas iront d’eux-mêmes
Combattre les hasards
Et je dirai alors
A la nuit des faubourgs
Ce qui reste de jour
Dans les mains de l’enfance
Ce qui reste d’étoiles
Au matin exilées
Et je dirai la neige
La neige immémoriale
Qui tremble au cœur du monde…
Les enfants de la nuit meurent dans ma mémoire
L’âme des soleils noirs redevient impalpable.

Quel lasso de lumière a cerné implacable
Les cathédrales vertes dans la chevelure du vent
Les vagues vagabondes à la crinière cendreuse

La forêt des oiseaux a fleuri dénouée
Sur le sang des minuits à l’horizon du jour.

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