Le cantique d’avril

A M.G.

 

Puisque la même vie continuera intense
Avec les mêmes mots et les mêmes silences
Puisque votre visage n’était que le visage
Qui revivait immense en mon regard sans âge
Puisque chaque visage était votre visage
Puisque chaque saison n’était qu’un long sanglot
Que la même blessure ouverte avec le jour
Puisque le sang craignait l’innocence de l’eau
Puisque l’eau éclatait en larmes de soleil
Puisque l’âme craignait l’abîme des réveils
Puisque la nuit jamais ne dira à l’aurore
Les secrets du bonheur aux sources de minuit
Puisque la nuit repose sa tristesse royale
Sur la trame étoilée des fils-de-la-vierge
Puisque la main tendue entre l’arbre et le ciel
Redira le pourquoi des bourgeons arrachés
Les miracles épars des midis écarlates
Puisque chaque miracle n’est que le long passage
Qui relie à vos yeux les ors des paysages

Puisque le printemps marche dans la ville endormie
Puisque l’avril est là avec son lent mystère
Puisque vous me donnez la faim et le vertige
De la pureté violente de la terre
Et puisque vous avez rappelé à mes lèvres
Comme un goût de fruits mûrs et de rêve accompli
Et puisque vous avez remis en mes prunelles
Le vert mirage de l’impossible possible
Et puisque vous avez ramené du passé
L’âcre odeur des regains et des blés moissonnés
Et les traits d’un enfant que ma mémoire emmure…

Je redis votre NOM sur un alphabet vierge
Emerveillé comme au premier matin du monde
Et je réinvente la Joie immémoriale
Et je refais Hier avec votre regard.

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