Jamais je n’ai été plus près…

Pour Frédérique

 

Jamais je n’ai été plus près du bord soyeux des larmes.
Je dis Frédérique. Des voyelles de joie allument
Le vert tendre du paysage. Le ciel s’arme
Des javelots minces de la lumière. Le ciel et l’écume
Dans les mains d’un Roi Mage attardé deviennent éternels.

Le paradis perdu recommence au-delà de la Septième Fontaine.

Mon muguet de février, de cette saison tôt levée
Contre la nuit, je pense ton nom, ses voyelles mangées de vent
Et le mois de mai des mots éclate sur la page blanche,
Mon enfant qui m’apprends debout au versant de mon âge
Plus que la fleur, l’été secret du fruit et les moissons en germe, sommeilleuses.

D’un crépuscule encore le ciel tatoué pèse sur les larmes.
Le vent a tourné ; ses émeraudes s’allumaient
Au premier soleil serré dans l’aube en friche.
Silence d’eau. Un poisson d’or se prend aux mailles de l’écume.

Voici le soir s’ouvrant sur le sel des récifs
Et la seule fêlure en la voix du terral,
La musique soudain de la source au plain-chant de l’estuaire.

(28 février 1959)

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