MINUTES TO GO

Publié en 1960 par Two Cities, Minutes to Go constitua pour la jeune revue fondée par Jean Fanchette un véritable coup éditorial. Des textes de William Burroughs, Brion Gysin, Sinclair Beiles et Gregory Corso y étaient en effet rassemblés selon les méthodes inédites du « Cut-up », genre littéraire représentatif de la Beat Génération. En septembre 2017, le Professeur Oliver Harris, président de l’EBSN (European Beat Studies Network) présentait cet ouvrage lors de sa 6e conférence annuelle à Paris. Une analyse sous forme d’enquête de série noire sous le titre “Un règlement de comptes avec la Littérature”: le mystère de Minutes to Go ».

171218_m2GEn septembre 2017, Oliver Harris, Président de l’EBSN et Professeur de littérature américaine à Keele University, a présenté une communication sur l’histoire longtemps négligée de Minutes to Go, le tout premier ouvrage contenant les méthodes de « cut-up » développées par William Burroughs, Brion Gysin, Sinclair Beiles et Gregory Corso à Paris en 1960. En introduction, il a notamment noté que la réédition de Minutes to Go sur laquelle il travaille devrait combler une lacune dans le champ critique, les universitaires et historiens de la culture s’étant jusqu’ici refusés à s’y attarder. « Minutes to Go fut, affirme-t-il, un texte important dans l’histoire de la Beat Generation. Héritier d’idées et de pratiques dadaïstes et surréalistes, le livre renvoie notamment à « pour faire une poème dadaïste » de Tristan Tzara, cette recette dérisoire consistant à composer des poèmes en utilisant des coupures de journaux. Et pourtant, tout à propos de Minutes to Go demeure un mystère. »

La formule « un règlement de comptes avec la Littérature » qui figurait sur le bandeau publicitaire de certains exemplaires de la première édition fut le fil rouge de son analyse. Après avoir démontré à quel point la typographie et les mots précis figurant sur ce bandeau étaient significatifs (l’article défini et la lettre majuscule dans « la Littérature » pointent l’un et l’autre vers les vieilles hiérarchies contre lesquelles les méthodes de cut-up se voulaient « un règlement de comptes »), Oliver Harris a posé la question : à qui appartiennent ces mots ? Le reste de son intervention fut consacré à examiner cinq « suspects », à commencer par Jean Fanchette. Comme il l’a suggéré, en tant qu’éditeur et seul auteur bilingue parmi eux, Fanchette est en fait le plus susceptible d’avoir entouré de ces mots français un livre composé en anglais par des écrivains anglophones. Toutefois, après avoir considéré les cas de Beiles, Corso et Gysin — et trouvé que tous trois avaient aussi des raisons d’avoir composé la phrase —  Oliver Harris a conclu sa présentation en révélant que le « règlement de comptes » en question provenait certainement d’un journal que Burroughs lut à Tanger en 1956 et qu’il traduisit dans son roman Le Festin nu (Naked Lunch, publié à Paris en 1959) par « a settling of scores ». Burroughs aura choisi là des mots parfaits pour Minutes to Go, un livre bilingue publié à Paris qui utilise du matériel provenant de journaux pour interroger la paternité de textes littéraires.